Course et cartographie des hydrants (PEI)

Courir et cartographier, une idée bien singulière non ?

La course à pied m’apporte pas mal de choses : du calme, moins de stress, de la sérénité…

C’est aussi la liberté d’aller où je veux, de rallonger ou de raccourcir mon parcours, de m’arrêter si j’en ai envie. C’est aussi partir quand je veux, sans contrainte, le jour, la nuit qu’il fasse chaud ou froid… la liberté quoi !

Enfin c’est une manière d’être en prise avec le lieu dans lequel je me trouve, de connaître les petits chemins que je n’aurais jamais pris sans cela, d’observer les maisons, de prendre le temps de contempler le paysage.

Une autre activité permet d’être en prise avec son environnement : la cartographie.
J’ai commencé à cartographier il y a 3 ans avec OpenStreetMap cela a changé ma manière d’appréhender ce qui m’entoure.
Comme beaucoup d’autres je pense, je vois bien plus de choses qu’avant. Désormais je vois les points d’eau incendie, les boîtes aux lettres, les antennes relais, les panneaux de signalisation (les panneaux biche ;-)), des boutiques et leur accessibilité, les communes, les hameaux, les lieux-dits…

Cartographier les hydrants

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Une manière de conjuguer ces deux centres d’intérêt ? Profiter des kilomètres que je j’arpente pour enrichir les données d’OpenStreetMap (OSM).

Cartographier tout en courant impliquait de cibler des objets simples pour ne pas avoir à m’arrêter trop longtemps, il fallait que ça reste de la course à pied.

J’ai décidé de « m’attaquer » aux hydrants -dont la dénomination officielle est Point d’Eau Incendie (PEI)- sur la commune de Concarneau (29) où j’ai séjourné pendant mes vacances.
La dynamique des PEI dans le cadre de la communauté OSM France vient d’un petit groupe de mappeurs, plus précisément d’un message de Gaël Musquet :

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Ce message propose pour la première fois le hashtag #BHYNO (pour Base d’HYdrants Nationale Ouverte). Par la suite un message de Yann (responsable du service carto du SDIS 91) sur la liste de diffusion OSM talk-fr expose de manière très détaillée la manière de mapper les hydrants, les particularités de la modélisation et la problématique des imports en masse de données venant des SDIS.

Depuis, quelques mappeurs souffrants de TOC (Troubles Obsessionnels Cartographiques) se retrouvent sur le net et parfois sur le terrain. Nous formons la BHYNO Team…  (on recrute) :).

Les PEI présentent certains avantages dans le contexte course/cartographie : ils sont bien visibles… et cela amuse beaucoup mes enfants de les débusquer quand ils viennent avec moi, et de me donner la référence lorsqu’elle est présente !

Sur le site openstreetmap.fr on peut lire : « Mais n’oubliez pas qu’OpenStreetMap n’est pas qu’une carte ! », effectivement les PEI ne se voient pas sur le fond de carte, mais les données sont bien là et peuvent faire l’objet de différents usages ou visualisations.

Lorsque je suis arrivé voilà les PEI qui étaient mappés, vous verrez dans la partie visualisation ce que cela donne après mon départ.

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Il y a différentes manières d’ajouter des données dans OpenStreetMap et le modèle de données ouvert (libre) peut être perturbant au début. Je propose dans ce billet une manière de collecter, intégrer et visualiser les données OpenStreetMap.

La collecte

 

Avant toute chose, pour la plupart des outils dont je vais parler, le pré-requis est d’avoir un compte OSM afin d’être reconnu pour consulter ses propres données ou intéger les données ajoutées.

Photo vs Application

J’ai pris le parti de photographier avec mon smartphone (iPhone 5) plutôt que d’utiliser une application afin de ne pas pénaliser la partie course à pied. L’appareil photo permet également de cartographier sur d’autres « objets » intéressants et se concentrer sur le travail d’intégration à la maison plutôt que de (tenter de) manipuler son smartphone le souffle court et le visage en sueur.

La zone dans laquelle je me trouvais n’était pas top au niveau réception GSM, utiliser l’appareil photo c’est aussi être plus tranquille à ce niveau là (on ne dépend que de la réception GPS du coup). On pourrait être tenté d’utiliser une application tel que OSM Hydrant (très bonne appli au demeurant) j’y reviens juste après) mais dans mon cas ce n’était pas utilisable : pas de réseau par endroits, pas pratique (HTML/JS + petit smartphone + transpiration…).

OSM Track

J’ai également utilisé l’application OSM Track (sur iPhone et payante) qui me permet d’enregistrer mon parcours et d’alimenter à la demande la base de traces GPS d’OpenStreetMap.

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Chaque trace donc peut-être envoyée par mail, envoyée sur le serveur OpenStreetMap et aussi alimenter une base anonymisée de traces GPS permettant à d’autres contributeurs de bénéficier de ces traces. Ce sont ces lignes (en rouge) que l’on retrouve dans l’application JOSM lorsqu’on « données GPS » est coché au moment du téléchargement des données.

Voilà pour la collecte, maintenant voyons comment ajouter nos données dans OSM.

L’intégration : JOSM

 

J’utilise l’application JOSM (client lourd JAVA) qui fait un peu usine à gaz quand on ne connaît pas mais qui est redoutable d’efficacité.
JOSM me permet de créer mes points (les PEI), d’ajouter les données de description et d’envoyer la contribution sur les serveurs d’OSM.

Je disais au-dessus que la connectivité n’était pas le fort de mon lieu de vacances où je ne captais que très rarement en 3G. JOSM se prête justement très bien à cette contrainte, les données peuvent être mises en cache assez facilement ce qui évite de solliciter inutilement la connexion réseau.

Une autre fonctionnalité de JSOM qui prend tout son sens dans mon cas de figure c’est la possibilité d’afficher les photos à l’endroit où elles ont été prises lorsque le mobile est bien configuré pour embarquer les infos GPS (au format EXIF).

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Pour les afficher, il suffit d’ouvrir les photos (ou de faire un drag’n drop) avec JOSM. L’image est matérialisée par un symbole et une direction de prise de vue.

La manière d’effectuer la prise de vue est importante. Lorsqu’une référence est présente je fais généralement 2 photos, une vue proche et un plan plus large.
En effet, à la maison, sans élément de contexte (nom de rue, éléments remarquables…), vous constaterez qu’il est difficile de positionner correctement le PEI. D’expérience, ne vous fiez pas à 100 % ni à la géolocalisation, ni au compas qui indique la direction.

Ensuite la saisie est relativement simple : ajouter un point (double clic) et ajouter les attributs. J’utilise la recherche par attribut (F3) qui propose un template par objet. Si vous avez un doute sur les données à ajouter, cliquez sur le lien « plus d’infos », cela ouvre la page wiki associée au tag concerné.

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J’ajoute aussi un tag source=survey pour indiquer qu’il s’agit d’une observation et non d’un import automatique.

Une fois les éléments ajoutés, on peut envoyer ses modifications.

Visualisation

 

Lorsque les données sont envoyées sur le serveur OSM, il est possible de les visualiser de différentes manières.
En voici quelques unes :

OSMHydrant

OSM Hydrant est une excellente application web dédiée aux PEI développée par un « membre d’un corps de sapeurs-pompiers local ». Elle permet de les visualiser et donne une très bonne idée de la couverture des PEI sur une zone. Un buffer matérialisé autour de chaque élément permet de détecter les oublis éventuels.

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Overpass API

Overpass API est une API (en lecture seule) qui donne accès aux données OSM. En faisant une requête HTTP il est possible de récupérer les éléments souhaités (si le résultat n’est pas trop volumineux). De cette manière on peut télécharger, sur une emprise (zone) donnée, tous les éléments de type node dont la clé est emergency et la valeur est fire_hydrant.

Pour récupérer les données ci-dessus (au format geojson), il suffit d’utiliser cette URL (directement dans le navigateur ou en utilisant wget, curl…)

Overpass-turbo

Overpass-turbo permet pas mal d’autres choses comme partager, enregistrer, charger ou exporter une requête.

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L’exemple ci-dessus peut également être visualisé ici (merci @d_helfer et @cq94).

Dernier moyen de visualiser vos données, construire manuellement une carte . Vous trouverez ici un petit projet que j’ai développé avec OpenLayers 3 qui permet de visualiser mes parcours ainsi que les PEI de la zone.

Les parcours sont au format gpx, ils ont été récupérés dans mon espace perso sur le site openstreetmap.fr et les PEI eux sont au format geojson (un simple export overpass).

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Le projet est accessible sur mon dépôt GitHub. Bientôt la carte sera accessible en ligne…

Bilan des courses

 

Au final j’ai ajouté une centaine de PEI ce qui est assez peu.
Courir et cartographier ne permet pas d’être très productif, que ce soit niveau cartographie ou du chrono… ce n’était d’ailleurs pas le but.

Je retiens aussi plusieurs choses de cette petite expérience.

Le « challenge » m’a incité à faire davantage de sorties que d’habitude (pratiquement tous les jours). Même si je n’ai pas besoin de me motiver pour aller courir, la perspective de la découverte et de l’enrichissement à posteriori est clairement une motivation supplémentaire.

Je retiens également le plaisir partagé lorsque nous avons fait des sorties avec mes enfants. Ajouter à une activité sportive le côté ludique de la découverte d’objets est très intéressant. Les enfant démarrent au quart de tour quand ils voient des PEI maintenant.

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Au delà des sorties familiales, il y a clairement du potentiel dans ces activités : activités scolaires ou péri-scolaires, clubs informatiques, collectivités locales.

Enfin, il y a certainement des choses à faire du côté des “serious games” à l’image de cet exemple.

Pourquoi OpenStreetMap…

Je ne peux terminer ce billet sans parler d’OSM et vous expliquer pour quelles raisons j’ajoute des données dans ce projet.

Ce projet, démarré en 2004, avait alors l’ambition alors un peu folle de constituer une base de données géographique mondiale, libre et collaborative. Un peu plus de 10 ans après le projet dépasse à mon avis tous les pronostics du départ.

Ce qui m’a tout de suite branché avec OSM c’est le plaisir de mettre “un peu de moi” dans le fond de carte. J’ai commencé par ajouter des chemins sur ma commune. Le fait de voir mes modifications rapidement en ligne et donc visibles par un grand nombre de personnes m’a tout de suite plu.

Cartoparties et communauté

Rapidement j’ai souhaité voir qui était derrière ce projet concrètement. J’ai participé à une première cartopartie à Ivry sur Seine (94) il y a 3 ans, c’est un excellent moyen de débuter, je le recommande vraiment.
Une cartopartie c’est d’abord l’occasion de rencontrer des passionnés qui donnent de leur temps bénévolement.
C’est aussi prendre le temps de découvrir ce qu’est réellement OSM (ce qui n’est pas si évident que cela en fait), les services autour d’OSM et l’écosystème (énorme) dont je parlais au-dessus.
Enfin c’est découvrir différentes manières de cartographier, comment collecter des données et comment les intégrer dans OSM.

La communauté OSM France est très active (et très sympa), elle propose différentes outils qui permettent d’être aidé que l’on soit débutant ou confirmé : forum, liste de diffusion, IRC. Il est rare qu’une question ne trouve pas de réponse.

L’important : les données

Alors quel est l’intérêt d’enrichir les données d’OSM quand d’autres plateformes proposent des systèmes collaboratifs pour ajouter des données, signaler des incohérences ou modifier des objets ?

Tout simplement parce qu’avec OSM vous restez aux commandes. Les données que vous ajoutez vous seront toujours accessible en tant que données (vecteurs) et non uniquement en tant que fond de plan (rasters). Mieux encore, c’est l’essence même d’OSM, vos données sont enrichies, modifiées, raffinées par d’autres de la même manière que les articles de wikipédia.

Je me pose aujourd’hui systématiquement quelques questions lorsque j’utilise un système collaboratif. Que deviennent les données que j’ai ajoutées ? Est-ce que je pourrai toujours y avoir accès (techniquement et dans le temps), est-ce que d’autres personnes y auront accès aussi ? Est-ce que des services de l’Etat pourront réutiliser ces données ? Quelle est la pérennité du service qui me permet de consommer ces données ?

On a souvent tendance à se focaliser sur le service, le fond de plan, la pertinence de l’itinéraire, les fonctionnalités de l’applications. Se préoccuper des données est pourtant fondamental.

Sur cet aspect particulier des données, OSM propose un fonctionnement qui me paraît équitable pour les utilisateurs finaux (privés et/ou institutionnels) qui, en échange d’une participation, peuvent accéder à tout moment à la donnée ajoutée. C’est la raison pour laquelle je participe à OSM et que j’en fais la promotion à titre privé et professionnel.

Voilà, j’espère que cet article vous aura intéressé voire aura suscité quelques vocations de cartographe.

Si vous souhaitez me contacter :

Un petit clin d’oeil pour la seconde paire de pieds (en orange) sur la photo en tête du billet : Arnaud avec qui j’allais courir le midi.