Une communauté informatique : la CIMI

La CIMI – Communauté Informatique au sein du Ministère de l’Intérieur – a été officiellement créée il y a un peu plus d’un an.

Après une année de « promotion » de la CIMI en interne comme en externe, notre communauté est encore peu connue au sein du Ministère de l’Intérieur.

C’est pour cette raison que j’ai souhaité présenter la CIMI dans ce billet.

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Qu’est-ce que la CIMI ?

La CIMI est une communauté d’informaticiens passionnés faisant partie du Ministère de l’Intérieur (M.I.) quelque soit le corps ou la direction d’appartenance.

L’absence de contrainte est au cœur de notre démarche, la participation est conditionnée par la motivation et l’intérêt pour l’informatique.

Comment cela a-t-il démarré ?

En 2004, quelques collègues policiers et moi-même avons créé un forum au sein de la PJ parisienne. C’est en animant ce forum que j’ai établi différents contacts au Ministère de l’Intérieur. J’ai alors pris conscience que l’informatique allait bien au-delà de ma direction de l’époque et qu’elle concernait différents corps de métier : filière technique (SIC), filière administrative, policiers, gendarmes, contractuels.

Au sein du Ministère de l’Intérieur, tout comme pour d’autres ministères, il existe différentes manières d’échanger : mails, listes de diffusion, forums, wikis… Malheureusement ces moyens sont la plupart du temps liés à une affectation administrative ou une fonction occupée. Au final, l’accès aux ressources intéressantes (veille, retours d’expérience, documentation…) est rendu difficile, compartimenté; l’information est redondante et éparpillée.

Partant de ce constat, l’idée était de permettre les contacts entre agents et de rendre possible des échanges entre différentes personnes du M.I., indépendamment de la direction, du service ou du corps d’appartenance.

En 2011, nous avons commencé à échanger sur le sujet et nous avons posé les bases de cette communauté informatique. « Nous » c’est une vingtaine de personnes de différentes directions ou services informatiques.

En 2013 lorsque je suis arrivé dans mon service actuel, le ST(SI)² nous avons trouvé un terrain favorable à la proposition de cette initiative. Mon actuel chef de service, le général de division Bernard Pappalardo, a validé le principe de notre démarche en acceptant de nous fournir les moyens nécessaires à notre fonctionnement : la domiciliation, l’hébergement informatique, la mise à disposition de locaux.

Le démarrage effectif a eu lieu en juillet 2013.

Comment cela fonctionne-t-il ?

Notre bureau prend en charge l’organisation de la CIMI et l’animation des outils mis à disposition (wiki, forum, liste de diffusion, boîte mail, site intranet…). Le bureau est composé 7 personnes : un technicien et deux ingénieurs des SIC, un gardien de la paix, un capitaine et un major de Gendarmerie. Chacun d’entre nous fait partie d’une des trois « principales entités informatiques » du Ministère de l’Intérieur :

  • la DSIC, Direction des Systèmes d’Information et de Communication,
  • la SDSICIF, le service informatique  de la Préfecture de Police,
  • le ST(SI)2, le service informatique de la Police (DGPN) et de la Gendarmerie (DGGN).

Il n’y a pas de cotisation ou d’obligation particulière pour faire partie de la CIMI. On est membre de fait lorsque l’on participe directement ou indirectement, de manière régulière ou non.
Chacun aide ou participe comme il le souhaite et comme il le peut.

Quelques exemples de participation :

  • Arnaud, brigadier de police, conçoit et réalise les chartes graphiques, logos et infographies.
  • Rachid, ingénieur des SIC, gère la liste de diffusion et la messagerie.
  • Jean, gardien de la paix, contribue activement sur notre GitHub.
  • Pascaline, technicienne des SIC, aide à l’organisation des miditech’s

Quels sont nos objectifs ?

Extrait des statuts :

  • Fédérer une communauté regroupant des personnes passionnées par l’informatique
  • Maintenir et développer des liens entre les membres de la communauté
  • Assurer une veille technologique interne (projets, initiatives) et externe (l’informatique au sens large) et communiquer les fruits de cette veille
  • Favoriser et développer l’entraide entre informaticiens
  • Maintenir un lien privilégié avec les différents services et directions informatiques du Ministère de l’Intérieur

Quelques précisions s’imposent.

Le premier point essentiel est de permettre aux personnes de se rencontrer, d’échanger à l’aide  d’outils que nous avons mis en place : la liste de diffusion, le forum et le wiki.

Vient ensuite un travail de veille informationnelle dont on retrouve les fruits sur notre compte twitter @communaute_cimi, cela concerne uniquement la veille externe.

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Cette veille alimente également le forum ou le wiki, nous y ajoutons des informations (internes) intéressantes diffusées sur les sites intranets du M.I..

La volonté de partage et de mise à disposition des connaissances est « inscrite dans notre ADN ». Cette volonté de partager se concrétise régulièrement par les miditech’s (j’en parle plus en détail juste après) dont les comptes-rendus sont disponibles sur notre wiki et sur notre site intranet.

Notre capacité à favoriser l’entraide est fondamentale. Quelqu’un qui a besoin d’aide peut nous contacter. Nous pouvons soit prendre en charge (réponse directe) soit mettre en relation avec une autre personne ayant les compétences. Une grande partie de cette entraide se fait sur le forum ou par courriel, personnellement je préfère le forum qui permet la publication les échanges.
Nous pouvons également de réunir des personnes ayant eu des expériences significatives sur un sujet donné, nous l’avons fait une fois (en juin dernier) pour un service spécialisé. Enfin, les contacts avec des acteurs externes au M.I., du milieu universitaire, de laboratoires de recherche ou d’autres ministères (MINDEF/DGA, MINEFI/Douanes…) permettent l’organisation d’échanges avec ces acteurs compétents sur des sujets « pointus ».

Les miditech’s

A l’origine organisés par des collègues de la DSIC (Direction des Systèmes d’Information et de Communication), les miditech’s (lire midi techniques) étaient des présentations au format 2 heures (entre midi et quatorze heures) dont la thématique abordée était en lien avec l’informatique (cartographie, cloud computing, bases de données, réseaux…).

Ces présentations ont été arrêtées en raison du départ des personnes qui les organisaient. J’avais trouvé cela dommage et beaucoup de mes collègues étaient très favorables à la renaissance de ces moments d’échanges.

Depuis sa création, la CIMI a organisé 6 miditech’s sur des thématiques variées :

  • La cartographie au Ministère de l’Intérieur
  • La génération de documentation web (markdown, ReST, pandoc, pelican…)
  • Le Traitement Automatique du Langage Naturel
  • Le webscrapping et la datavisualisation
  • L’évaluation des systèmes d’information
  • La radio logicielle

Traitement Automatique du Langage

Panorama-dataviz

Web scrapping et dataviz

Les sujets à venir :

  • Moteurs de recherches : retours d’expérience (octobre 2014)
  • Atelier : l’analyse temporelle des textes (TALN)
  • Présentation : Postgresql 9.4

Les miditech’s font l’objet d’un compte-rendu que nous diffusons sur intranet avec l’ensemble des ressources associées (documentation, contacts…).

Le compte GitHub

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La CIMI possède un compte GitHub, aujourd’hui constitué de 9 projets principalement maintenus par un contributeur (Jean, alias J4). On y trouve pour le moment des projets liés à docker et à OpenStreetMap.

Nous souhaitons autant que possible capitaliser ce que nous connaissons ou ce que savons faire. Ce compte nous permet de publier le code source que nous produisons et de le rendre accessible (lisible et téléchargeable). En outre, cela nous permet de profiter de la contribution de toute personne intéressée.

Positionnement vis-à-vis du Ministère de l’Intérieur

Bien que mon service le ST(SI)2 se soit impliqué dans la création puis dans le fonctionnement de la CIMI, d’autres acteurs informatiques du M.I. tel que la DSIC ou la Préfecture de Police (SDSICIF) participent également. Cela se traduit par le prêt de salles de réunion et de moyens de visioconférence, par l’aide à la création des noms de domaine, de la liste de diffusion ou de la boîte-aux-lettres électronique de la CIMI.

Les limites de notre action vis à vis des acteurs informatiques « institutionnels » ont été très clairement définies dans nos statuts : «La CIMI ne se substitue en aucun cas aux Directions des Systèmes d’Information ou aux services informatiques du Ministère de l’Intérieur. ».

En clair, il n’est aucunement question pour nous d’empiéter sur les projets informatiques menés par le M.I., il n’est pas question non plus de faire de l’ingérence dans les sujets pris en charge par ces entités.

Nos statuts rappellent à chaque personne souhaitant participer l’obligation de «respecter les règles de déontologie en usage dans l’administration et à respecter la politique de sécurité des systèmes d’information du M.I.».

Lorsque nous avons créé la CIMI, nous avons souhaité nous signaler auprès du Ministère de l’Intérieur, en l’occurrence auprès du service de communication. Nous avons été très agréablement surpris de la bienveillance dont nous avons fait l’objet. Nous devrions d’ailleurs  prochainement faire l’objet d’un article dans la revue « civique ».

Au passage, la journaliste Margaux Duquesne, a écrit un article paru dans la revue l’informaticien (numéro de juin 2014) : « Du Big Data à l’Intérieur et à la Défense » dans lequel la CIMI fait l’objet d’un encadré. L’article est aujourd’hui consultable sur son blog.

D’autres communautés ?

Il existe d’autres regroupements de personnes autour de l’informatique au M.I., je ne saurais d’ailleurs pas les dénombrer.

Ce mode d’organisation a d’ailleurs été adopté depuis un moment par la Gendarmerie Nationale pour le développement de logiciels, par exemple la communuaté Icare a donnée naissance au Logiciel de Rédaction de Procédure de la Gendarmerie Nationale. Il y existe également des regroupements de policiers (Investigateurs en CyberCriminalité) et/ou de gendarmes N’TECH (Nouvelles technologies)  sur les sujets liés à la cybercriminalité.
Il existe aussi probablement d’autres initiatives à l’échelon territorial : au niveau des Préfectures, des Directions Départementales de Sécurité Publique ou encore des groupements de Gendarmerie.

Nous sommes clairement positionnés comme des partenaires vis-à-vis de ces autres initiatives communautaires.

Ouverture interministérielle ?

La question de l’ouverture de la CIMI se pose depuis un moment. En fait depuis que nous bénéficions de la participation d’intervenants d’extérieurs au M.I. : des universitaires, des personnels de la DGA (Ministère de la Défense) ou des douanes judiciaires (Ministère des Finances).

La DISIC – Direction Interministérielle des Systèmes d’Information et de Communication – s’intéresse à ce que nous faisons. Certains sujets que nous abordons étant transverses, il est logique que cela suscite l’intérêt de cette direction dont une des prérogatives est « la conduite des opération de mutualisation entre les administrations de l’Etat ».

Je ne suis pas partisan d’une extension de la CIMI à un périmètre plus large. En revanche, faire en sorte de partager et échanger sur les sujets interministériels me paraît aller dans le bon sens. Concrètement cela pourrait se traduire par l’ouverture d’une ressource de partage (site intranet par exemple) et de l’ouverture de conférences (miditech’s) sur les sujets identifiés comme étant d’intérêt interministériels.

LA priorité reste le développement de notre communauté : améliorer notre visibilité et faire progresser la participation. Il est nécessaire de ne pas brûler les étapes et de construire pas à pas les fondations de notre communauté qui est encore très jeune.

Internet : communautés et logiciel libre

Certains d’entre nous sont engagés dans le “monde” du logiciel libre ou dans d’autres communautés telles que Wikipédia ou OpenStreetMap.

Il me semble que la connaissance que nous avons de ces projets et les liens que nous tissons avec ces autres communautés sont autant d’atouts nous permettant d’informer et d’aiguiller nos collègues s’ils souhaitent contribuer à ces projets.
De même pour le M.I. que nous pourrions accompagner, d’une part sur la compréhension de ces « phénomènes » qui sont parfois mal appréhendés, d’autre part sur l’intérêt de participer à certains projets voire de s’investir dans les mouvements participatifs.

Conclusion

Le moment ne m’a jamais semblé aussi propice pour le développement de notre Communauté Informatique au sein du Ministère de l’Intérieur.

Il y a bien une prise de conscience des enjeux stratégiques du numérique au sommet de l’Etat. La récente réaffirmation du rôle de la DISIC dans le pilotage des SI de l’état, la mission Etalab en charge de l’ouverture des données publiques (OpenData), les attributions d’Axelle Lemaire, secrétaire d’état chargée du numérique sont autant de signes de cette prise de conscience.

La révolution peut (doit ?) aussi se faire sur le terrain de l’intelligence collective. Cela passe par la mise en commun des connaissances, le maintien des liens tissés entre les personnes et la valorisation des actions réalisées.

C’est -il me semble- ce que nous avons démarré avec la CIMI. Même si nous restons uns structure très modeste, les bases sont posées, le concept est là.

Enfin, LE facteur clé de succès pour la réussite de notre projet de communauté est l’animation. Ce ne sont pas les outils qui comptent, ce sont les personnes et leurs actions. Je remercie à ce titre tout ceux qui participent activement ou non, qui nous soutiennent ou simplement qui nous manifestent de l’intérêt.

Voilà, merci d’avoir lu cet article, n’hésitez pas à me contacter via mon compte twitter : @eric_pommereau ou par l’intermédiaire de ce site, je répondrai avec plaisir à vos questions.

PS : merci à Marine et Rachid pour la relecture et les suggestions éclairées 🙂